| En automne 1127, Hugues de Payns voulut faire connaître son ordre, pour trois raisons. Premièrement, il y avait une crise de croissance, c'est-à-dire que l'ordre s'agrandissait mais pas assez rapidement (le premier combat contre les infidèles eut lieu pour les chevaliers en 1129). Deuxièment, il y avait une crise de conscience, et ils voulaient avoir une identité contre les critiques de la nouvelle milice. Et troisièment, ils souhaitaient une extension vers l'Occident. Il partit pour Rome avec cinq compagnons (dont Geoffroy de Saint-Omer) afin de solliciter du pape Honorius II une reconnaissance officielle. Il accepta et convoqua un concile à Troyes le 13 janvier 1128. Y étaient présents : le cardinal Matthieu d'Albano (représentant du Pape); 2 archevêques de Reims et de Gens; 10 évêques; 8 abbés cisterciens de Vézelay, Cîteaux, Clairvaux (il s'agit de saint Bernard), Pontigny, Troisfontaines et Molesmes; et quelques laïcs tels que Thibaud de Blois, le comte de Champagne, André de Baudemont, le sénéchal de Champagne, le comte de Nevers et un croisé de 1095. L'Ordre fut créé, et doté de la règle du "moine soldat" : simplicité, pauvreté, chasteté et prières. L'Ordre eut plusieurs noms : la milice des Pauvres Chevaliers de Christ, les Chevaliers de la Sainte Cité, les Chevaliers du Temple de Salomon de Jérusalem, la Sainte Milice hiérosolymitaine du Temple de Salomon. Avec le temps, le nom le plus commun fut celui de Templiers. |
LES REGLES

Les règles rédigées par saint Bernard étaient assez proches de la forme cistercienne. Elles furent tout d'abord écrites en latin, contenant 72 articles et le procès verbal du Concile.
Les huit premiers articles étaient consacrés aux devoirs religieux des frères : règles de prières, règles de déroulement d'une messe, devoir et attitude à avoir envers un défunt. Les onze suivants concernaient les règlements journaliers : repas, dîme aux pauvres, carême, prière avant de se coucher. Il y avait également des règlements sur les vêtements : robes toutes blanches ou noires, sans fourrure sauf les peaux de moutons ou d'agneaux, souliers sans pointes ni lacets. Chacun avait son lit, et les dortoirs étaient éclairés toute la nuit. Concernant les chevaux, chaque frère avait droit à trois chevaux, un écuyer, et les étriers et les mors ne devaient être ni en or, ni en argent : s'ils étaient reçus, alors ils devaient être repeints.
Les dernières règles étaient plutôt diverses : les frères ne pouvaient posséder de malle, ni de sac à serrure; les lettres devaient être lues en présence du Maître (car la plupart ne savaient pas lire); les cadeaux, même de la famille, devaient être offerts au Maître ou au Sénéchal; la chasse, sauf au lion, était interdite; les vieillards devaient être respectés; si un frère marié mourrait avant sa femme, ses biens étaient partagés en moitié pour le Temple, et l'autre pour la veuve.
Trois articles restaient assez importants : il était défendu d'avoir des relations avec des personnes excommuniées, mais on pouvait leur donner l'aumône; la demande d'entrée devait être faite devant le Maître et le Chapitre; une personne excommuniée souhaitant devenir Templier devait en faire la demande à l'évêque, puis ensuite au Maître.
L'ORGANISATION DE L'ORDRE

CLASSES ET HIERARCHIE
| L'Ordre du Temple était typique de la société féodale. Les structures étaient nettement hiérarchisée, mais elles n'étaient pas totalitaires. Le Maître, par exemple, devait être élu par le Chapitre, le conseil templier. |
A la tête, le Maître du Temple. Son pouvoir était identique à celui du père abbé dans les ordres religieux. "Il doit tenir le bâton et la verge : le bâton dont il doit soutenir les faiblesse et les forces des frères, la verge dont il doit frapper les vices de ceux qui manqueront" (à leur devoir). Il devait le faire "par amour de ce qui est droit". Il se faisait assister d'un conseil et lors des décisions importantes (donner une terre, recevoir un frère), l'ensemble de la maison se prononçait. Mais il lui appartenait de faire appliquer la Règle.
Il avait à son service un chapelain, un sergent, un clerc pour les transmissions d'ordres, un écuyer, un interprète, un maréchal-ferrant, un cuisinier, deux palefreniers et quelques valets dont un Turcople indigène.
Il se déplaçait toujours avec deux chevaliers derrière lui.
Juste au-dessous du Maître, il y avait le sénéchal et le maréchal. Le sénéchal était le lieutenant du Temple et le maréchal était le chef militaire responsable des effectifs, de l'armement et du parc de cavalerie.
Les chevaliers venaient obligatoirement de la noblesse. Ils étaient les seuls à porter la robe et le manteau blancs et la croix pattée rouge.
Les sergents assistaient les chevaliers, constituant le gros de la troupe. Ils étaient issus de la bourgeoisie et du peuple et portaient le manteau brun et la croix pattée rouge.
Les chevaliers et les sergents portaient au combat le haubert ou cotte de mailles, un écu en bois et cuir. Ils avaient comme armes la masse à pointes, une lourde épée et une lance courte.
Les chapelains et les écuyers portaient une robe grise et la croix pattée rouge.
Les frères de métiers étaient les artisans, maçons, scribes, ou autres, travaillant pour l'Ordre.
LES SYMBOLES ET SYMBOLIQUES
Le Baucéant
S'écrivant aussi baussant, bausséant, était l'étendard de l'ordre. C'était, lors de batailles, un pivot de combat. Au camp, ce gonfanon flotte sur la tente du Maître. Il est décrit comme suit : "Il est d'argent au chef de sable, à une croix de gueules passant". L'argent correspondrait à la couleur blanche, signifiant pureté et chasteté. Le sable correspondrait au noir, signifiant force et courage. Quant aux gueules, il s'agit de la couleur rouge.
La croix
Afin que les Templiers puissent se reconnaître, Eugène III accorda le droit de porter en permanence la croix. Cette croix simple, mais ancrée ou pattée, symbolisait le martyr du Christ. Elle était rouge, car cette couleur est le symbole du sang versé par le Christ, mais aussi symbole de vie. Le port en permanence montrait le vœu de croisade des Templiers.
Tous les ordres militaires et religieux finirent par porter la croix : croix blanche sur manteau noir des Hospitaliers, croix verte sur manteau blanc de l'ordre de Saint-Lazare (réservé aux chevaliers lépreux), croix noire sur manteau blanc des Teutoniques.
Les sceaux
Le premier sceau représentait l'autorité de l'ordre. Une coupole symbolisait la maison du Temple à Jérusalem. Mais les Templiers ont choisi une coupole dorée surmontée de la croix du Temple du Seigneur, plutôt qu'une figuration du temple de Salomon. La coupole du Saint-Sépulcre était ouverte pour laisser passer le feu de la Pentecôte.
Le deuxième sceau représentait deux cavaliers montant le même cheval. Les chroniqueurs anglais y voyaient la pauvreté primitive de l'ordre. D'autres y voyaient l'union et le dévouement, ou les deux fondateurs, Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer, ou encore la bonne entente, l'harmonie et la discipline qui devait régner dans l'ordre.
.LA MORT DU TEMPLE
L'ordre des Templiers s'est dissout en 1312.