L'enluminure:
On définit cette technique artistique comme l'art de décorer et d'illustrer les livres, les manuscrits, etc. On pourrait penser que l'enluminure tire son origine du mot "miniature" (minus), parce qu'en fait les enluminures sont presque toujours des miniatures dues à la complexité de cette technique. Cependant le mot "enluminure" tire plutôt son origine du mot latin "illuminare" qui signifie mettre en lumière, rendre lumineux. Quoi de mieux que l'enluminure pour illuminer l'esprit...
Historique
L'aspect le plus surprenant des manuscrits enluminés est d'une part, leur survie, et d'autre part l'extraordinaire état de conservation qu'ils ont gardés au cours des siècles.
La plupart des manuscrits furent utilisés par de nombreuses générations, incluant les moines, les prêtres, les missionnaires, les professeurs, etc. On s'en servait pour prier, pour étudier, les recopier, ou tout simplement les admirer.
C'est autour du IVe s. ap. J.C., qu'on retrouve les premiers manuscrits dans lesquels étaient peints des lettres de couleur (lettrines). En 529 ap. J.C., Saint-Benoït de la Nursie, fonde le monastère de Mont-Cassin (Italie). La lecture spirituelle fera partie de la règle bénédictine. Ceci amènera un essor pour l'écriture.
Durant le Moyen Âge, et ce à partir du IXe et Xe siècles, chaque monastère possédera son scriptorium. En général, le scriptorium était situé près de la bibliothèque. C'était un local en soi, et souvent le seul chauffé dans tout l'abbaye. On y copiait des textes religieux, mais également des ouvrages classiques, tel Horace et Cicéron.
De nombreuses enluminures illustrent des moines à l'oeuvre. Le texte était calligraphié, puis décoré dans un second temps par un ou plusieurs moines enlumineurs. D'après certains témoignages de l'époque, c'était un métier fort exigeant, ou le temps n'était pas un critère de performance. On y a d'ailleurs tiré l'expression "un travail de bénédictin". Malgré les séquelles laissées à la vue, la colonne et l'estomac dues à la position, plusieurs moines possédaient un véritable sens de l'humour. Fréquemment dans les marges, on retrouve ce types de notes "Ah, ce qu'il fait chaud aujourd'hui" ou "Encore du fromage ranci ce midi", contournant ainsi la règle du silence.
Autre fait fascinant, dû à la prolifération des monastères, chaque scriptorium développa son style. Sûrement, un des plus beaux chefs-d'oeuvre de l'époque fut le livre de Kells, calligraphié et enluminé en Irlande (île d'Iona) vers le VIIe ou le VIIIe sciècle. Le livre de Kells est un véritable joyau. D'influence byzantine, notamment dans la pause et les yeux des personnages, l'inspiration est surtout celtique. On parle ici de "pages-tapis", richement décorées de minuscules noeuds, de têtes d'humains, d'animaux, d'entrelacs, etc. De plus les caractères et motifs étaient abondamment rubriqués (c'est-à-dire cernés de minuscules points rouges).
Au début du XIIIe s., les enluminures commencent à sortir des monastères. La bourgeoisie est attirée par ces ouvrages. Ils deviennent très populaires, mais également très chers. Nombreux étaient les personnages illustrés qui possédaient leur psautier enluminé. Ce nouveau phénomène crée l'apparition d'enlumineurs et de scribes laïcs logeant dans les grandes villes universitaires. (1257: fondation de l'Université de la Sorbonne à Paris)
Lorsqu'arriva en 1471, l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, les manuscrits enluminés perdirent un peu leur raison d'être. Cependant, ils devinrent des objets à collectionner.
Il faudra attendre jusqu'au XIXe siècle, pour redécouvrir les techniques d'enluminure. On le doit notamment à William Morris, artiste anglais à l'origine du mouvement Arts and Crafts.
Aujourd'hui, on peut contempler ces chefs-d'oeuvre, (prière d'apporter vos lunettes, loupes, etc.) dans les grands musées et bibliothèques. La British Library de Londres possède une salle de manuscrits à vous couper le souffle, de même que la Bibliothèque nationale de Paris. Bref, le marché des enluminures attire toujours de nombreux adeptes et collectionneurs avisés.
Supports, outils et couleurs
1 : Support
On peut travailler l'enluminure sur un papier aquarelle non texturé, mais l'idéal est le parchemin. Le parchemin est une peau d'agneau ou de veau préparée avec soin, puis trempée, grattée et étirée. Il est en général de teinte crème ou blanche. Lorsqu'il est très fin et de qualité supérieure, on le désignera sous le nom de vélin. Le parchemin grâce à sa texture et à sa translucidité donne aux pigments de couleur, une luminosité que l'on ne retrouve point avec le papier. Autrefois la peau était choisie selon le format du livre désiré, puis on la pliait et l'assemblait. De plus, le parchemin et le vélin résistent d'avantage que le papier au temps qui passe.
2 : Outils
Les principaux outils utilisés sont le pinceau et la plume. Il est préférable de travailler avec un petit pinceau de soie naturelle (zibeline) ou synthétique. Cependant de nombreux artistes préfèrent la plume d'oie. Et attention, pas n'importe laquelle, elles doivent provenir des extrémités de l'aile (désignées sous le nom de "premières"), puis préparées et taillées en conséquence.
3 : Couleurs
Les couleurs utilisées sont variées. On peut se les procurer en pigments et les broyer finement.Les couleurs de base sont le rouge vermillon, le bleu outremer, le vert émeraude ainsi que le blanc et le noir. À noter que le jaune est absent, celui-ci est remplacé par la feuille d'or.
Le plus important, c'est le liant. Toute enluminure est faite à base de détrempe à l'oeuf. Cela lui confère l'aspect doux et satiné d'un véritable petit bijou. De plus, c'est une technique qui offre une résistance supérieure. Après avoir dépouillé le jaune d'oeuf du blanc, on le prend délicatement entre le pouce et l'index. Puis, à l'aide d'un exacto, on perce l'enveloppe du jaune d'oeuf afin de conserver uniquement le liquide. Le blanc d'oeuf peut être conservé, afin de vernir l'oeuvre finale (facultatif). Avis aux intéressés : un traité de peinture florentin de l'an 1400, conseillait fortement les poules de ville, puisque les jaunes étaient plus clairs et n'altéraient pas la couleur.
Le jaune d'oeuf est ensuite mêlé à une quantité égale d'eau, et dans un second temps, mêlé au pigment. L'application est différente des autres techniques. Il faut appliquer la détrempe par petits coups de pinceaux parallèles les uns aux autres. les couches peuvent se superposer, mais doivent être très sèches et minces afin d'éviter le craquelage. S'il y a erreur il est possible de gratter au scalpel.
La couleur est rehaussée par l'utilisation de l'or. La dorure à la feuille est assez simple en soi, mais demande une grande minutie. Elle doit être exécutée avant l'application des autres couleurs. En premier lieu on peint avec une colle spéciale les endroits que l'on veut dorer. Puis on applique délicatement la feuille d'or. Le tout est essuyé avec un morceau de soie. On peut également terminer par un lissage de la feuille d'or avec une agate ou pour faire plus audacieux, une dent de sanglier ou une patte de lièvre.
En conclusion, un art parfois relégué aux oubliettes, mais d'une grande beauté pour l'oeil et l'âme.