La deuxième et la troisième Croisade:
Elle est provoquée par la chute d'Édesse en 1145 face aux musulmans, à un moment où les Occidentaux vivaient dans l'euphorie des conquêtes de la Ire Croisade.Si cette prise ne fut pas la cause du départ de la croisade, ele fut du moins le principal argument de la prédication. L'initiative première revient au roi de France,Louis VII, désireux de se rendre en pélerinage à Jérusalem. Il obtient du pape Eugène III la nouvelle promulgation d'une bulle de croisade restée jusque là sans effet (1er mars 1146). La prédication est confiée à Bernard de Clairveaux qui en mars 1146 entraîne à Vézelay la prise de croix de nombreux nobles français et parvient même à convaincre Conrad III de prendre la tête d'une expédition (décembre 1146).
L'indiscipline de l'élément populaire, surtout dans la croisade allemande, provoque des incidents au passage de l'armée dans les Balkans. Mais les plus graves difficultés avec Byzance sont d'ordre politique. Manuel Ier Comnène (1143-1180) ne redoute pas trop le passage de ces armées dans l'Empire. Il craint cependant deux choses :
- Elles pourraient renforcer la principauté d'Antioche sur laquelle il veut, comme son père Jean II Comnène (1118-1143), rétablir sa suzeraineté.
- Elles risquent d'affaiblir l'alliance germano-byzantine contre Roger II. En effet, à l'automne 1147, Roger II profite des circonstances qui retiennent l'armée byzantine pour s'emparer de Corfou et de Céphalénie, et piller Corinthe et Thèbes. La croisade favorise donc l'attaque normande et force Manuel de conclure un traité avec le sultan de Roum (qui règne sur l'Anatolie).
Toutes ces raisons expliquent les réticences qu'il met à accepter le pasage des Croisés. Cela fait refus fait naître en Occident, en particulier de la part de saint Bernard et de l'abbé Suger l'idée d'une croisade contre Byzance.
Itinéraire de la IIe croisade
1.2 L'échec en Orient
Les mauvais rapports entre les croisés et Byzance et entre les croisés eux-mêmes ont finalement réduit de près de trois quarts les effectifs de la croisade.
À son tour, la mésentente entre les croisés et les Francs d'Orient conduisent la croisade à l'échec. Le pélerinage l'emporte sur les nécessités de la défense de l'Orient latin dont les croisés méconnaisssent la situation. Leur voeu accompli, certains croisés repartent pour l'Europe, tandis que les deux souverains, repoussant les projets les plus modérés, se laissent entraîner par les barons les plus belliqueux de Jérusalem, à une expédition inutile contre Damas. La seconde croisade s'achève en 1149 sans aucun résultat.
2 Les événements qui suivent la IIe Croisade
Devenu roi de Sicile en 1130, Roger II de Sicile a des ambitions territoriales renaissantes. Il s'est donc emparé de Corfou, de Thèbes et de Corinthe en 1147. Manuel Ier envisage de reprendre la tentative de Justinien (reconquérir par les armes l'empire romain, en particulier l'Italie). Il débarque, remporte quelques succès autour d'Ancône. Il est battu en 1156 parce qu'il y a cristallisation des forces occidentales contre l'Orient. En effet, plusieurs États n'acceptent pas que les Grecs reviennent vers l'Ouest :
- Les Normands qui sont installés en Sicile. Guillaume Ier le Mauvais, fils de Roger II, lui succède en 1154. A sa mort en 1166, c'est Guillaume II le Bon, son fils, qui monte sur le trône (1166-1189). C'est Guillaume II qui organise le mariage de sa tante et héritière Constance avec le fils de l'empereur d'Allemagne, le futur Henri VI (1186).
- Venise : en s'installant en Italie du Sud, Byzance coupe l'entrée de la mer Adriatique, dont la liberté est essentielle à la survie de Venise.
- La Germanie : Conrad III meurt en 1152 et Frédéric Barberousse lui succède après une guerre civile. Il règne de 1152 à 1190. Roi d'Italie du nord, Frédéric Ier Barberousse s'intéresse aussi à l'Italie du Sud. En 1186, il marie son fils à Constance, fille de Guillaume Ier et héritière du royaume d'Italie.
La paix est signée en 1158; c'est la fin de la tentative byzantine. Manuel Ier repousse ses frontières vers le nord en direction de la Serbie, de la Bosnie, de la Croatie et de la Dalmatie, et intervient dans le choix du roi de Hongrie. Cependant, cette politique expansionniste inquiète l'empereur de Germanie et Venise.
Les Byzantins essuyent une grave défaite à Myrioképhalon en 1176 face aux Turcs : c'est la ruine de tout espoir de vaincre les Turcs en Asie. Manuel Ier Comnène meurt en 1180. La fin du XIIe siècle est catastrophique pour l'empire byzantin, à cause de la complexité dans la désignation de l'empereur : une série de coups d'États a lieu, mettant au prises les familles rivales : les Comnène et les Ange.
1 l'évolution de l'Orient
1.1 Byzance
En 1182, une poussée xénophobe des marchands grecs entraînent un massacre des Latins installés à Constantinople, et avantagés par les énormes privilèges que l'empereur leur accorde. Dès lors, les Byzantins sont définitivement considérés par les Latins comme lâches, luxurieux et hypocrites. L`empire byzantin connaît une crise à cette époque : il perd la Dalmatie et la Croatie face aux Hongrois; en 1186, les Bulgares et les Serbes rentrent aussi en dissidence, soutenus par Barberousse.
Un fait caractéristique est que toute aspiration à l'indépendance politique joue la carte religieuse : les pays s'adressent à Rome pour échapper à l'empire orthodoxe; ils espèrent l'appui de l'Occident contre Byzance. En 1202, l'Église serbe reconnaît Rome; en 1204, Innocent III (1198-1216) envoie sa couronne au roi de Bulgarie et l'Église bulgare est rattachée à l'Église romaine.
Byzance est aussi confrontée au danger normand : en 1186, Henri et Constance de Sicile se sont mariés, ce qui rattache la Sicile au domaine germanique. En 1185, les Normands prennent Thessalonique et violent le tombeau de Saint Demetrios. La présence germanique impériale dans le Sud de l'Italie et héritant des ambitions normandes sur la côte adriatique, devient une des composantes de la nouvelle situation internationale. Quand Barberousse se noie en 1190 en traversant le Sélef, Henri devient empereur sous le nom d'Henri VI (1190-1197).
1.2 Le Proche-Orient et Saladin
En 1175, Saladin étend son pouvoir sur Damas, Homs et Hama, et se fait investir par le calife du gouvernement de l'Égypte et de la Syrie. Avec l'appui de la flotte égyptienne, il menace les côtes syriennes et pratique des raids dans le sud du royaume de Jérusalem. En 1180, une trêve est conclue, mais les demandes de secours adressées par le roi au IIIe Concile de Latran restent sans effet. Saladin met à profit la trêve renouvelée en 1185 pour s'assurer le contrôle d'Alep (1183) et de Mossoul (1186). Il dispose d'une armée nombreuse qui rassemble contingents syriens, kurdes et turcomans et mamelouks d'Égypte, appuyés par la flotte reconstruite (en grande partie grâce aux Italiens avec lesquels des traités sont conclus, comme avec Pise en 1173). Il réussit à isoler les Francs en concluant alliance avec le sultan seldjoukide (1179), avec Byzance après la mort de Manuel Ier (1181) et avec Isaac Comnène de Chypre (Chypre appartient à l'Empire byzantin depuis 395).
Byzance, vaincue par les Seldjoukides à Myrioképhalon en 1176, attaquée par les Serbes et les Hongrois et surtout les Normands de Sicile (1185), ne peut, ni ne veut plus secourir ses anciens alliés latins. Le recul de la puissance militaire byzantine en Asie Mineure laisse les États croisés sans protection vers le nord, tandis qu'ils subissent vers le sud des raids terrestres et maritimes.
1.3 La chute de Jérusalem
Privé d'appui extérieurs, le royaume de Jérusalem aurait pu se défendre avec ses propres forces, comparables en valeur et même en nombre aux troupes de Saladin, qui formaient un ensemble disparate et mal contrôlé. mais les dissensions intérieures (en particulier avec les problèmes de succession) favorisèrent l'offensive de Saladin.
Renaud de châtillon va fournir le casus belli : au début de 1187, il détrousse une caravane se rendant à Damas et refuse, malgré l'ordre du roi, de rendre son butin. La guerre sainte est proclamée.
Les troupes franques subissent l'une de leurs plus graves défaites à Hattin, sur les bords du Lac de Tibériade : le roi et presque tous ses chevaliers sont pris et ne seront libéré que contre rançon ou cession de leurs châteaux, Renaud de Châtillon et les deux cents Templiers ou Hospitaliers sont tués, les sergents (4 000 hommes) et les piétons (plusieurs milliers) sont massacrés ou vendus comme esclaves. Les places de l'intérieur, vidées d'hommes, se rendent les unes après les autres.
Après un siège de six jours, Jérusalem obtient une reddition honorable et le rachat du tiers de la population en octobre 1187. Ainsi évacuée par les Latins, Jérusalem ne connaît pas de de violences semblables à celles qui y avaient été commises en 1099. En 1188, les établissements croisés sont réduits à Tyr et Beaufort pour le royaume de Jérusalem et, dans le nord, à Tripoli, le Krak des Chevaliers, Antioche et Margat.
2 La troisième croisade
Dès l'été 1187, la nouvelle des premiers désastres parvenue à Rome amène le pape à lancer des appels à la paix et à la croisade. La prédication est confiée au légat Henri d'Albano et à l'archevêque de Tyr envoyé par Conrad de Montferrat avec des lettres pour les princes d'Occident. L'initiative des souverains est essentielle pour cette nouvelle croisade qui réunit des armées féodales bien organisées et non plus des cohues encombrées de non-combattants. A l'été 1189, avec l'aide de contingents danois, frisons, saxons, de chevaliers flamands, danois et anglais, Guy de Lusignan commence le siège d'Acre.
2.1 La première expédition : Frédéric Ier Barberousse
Dès 1188, les grands souverains occidentaux avaient pris la croix. L'empereur Frédéric Ier Barberousse prend la route à la tête d'une des plus puissantes armées de la croisade (100 000 hommes disent certains, mais en réalité, au moins 20 000 chevaliers).
Malgré les négociations préalables, la traversée de l'empire byzantin donne lieu à de véritables hostilités sans rapport avec les incidents des croisades précédentes : Barberousse pactise avec les Serbes et les Bulgares révoltés, prend Philippopolis, Andrinople et marche sur Constantinople. Sous la pression, Isaac II Ange (1185-1195) doit signer la paix et assurer le passage de l'armée en Asie.
La pénible traversée de l'Anatolie était presque achevée après la victoire remportée sur les Turcs à Iconium (mai 1190), lorsque Frédéric se noya en traversant le Selef (Cilicie). Déjà éprouvée par les difficultés du chemin, puis par une épidémie qui se déclara à Antioche, découragée par la perte de son chef, l'armée se disperse : quelques centaines de chevaliers seulement participent avec Frédéric de Souabe au siège d'Acre.
2.2 1190-1192 : Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion
Dès 1188, les rois de France et d'Angleterre prennent la croix, mais un nouveau conflit retarde leur départ. En 1190 seulement, Philippe Auguste (1180-1223) et Richard coeur de Lion quittent Vézelay pour Gênes et Marseille, et hivernent en Sicile. A Chypre, Isaac Comnène, qui s'était emparé de l'île en 1184 (celle-ci a fait sécession en 1182), maltraite les croisés que la tempête avait jetés sur la côte : Richard s'empare de l'île avec Guy de Lusignan. Les Templiers lui achètent l'île en 1191, mais la population s'étant révoltée, ils la revendent aussitôt à Guy de Lusignan, qui en devient roi en 1192. Par hasard, la croisade était assurée d'une base et d'une source de ravitaillement proches.
L'arrivée de Philippe puis de Richard, fait aboutir le siège d'Acre qui durait depuis deux ans et avait coûté bien des vies humaines : la ville se rend le 12 juillet 1191. Philippe Auguste regagne la France et Richard reste le seul maître de la croisade.
Malgré les victoires remportées sur Saladin à Arsouf (septembre 1191) et à Jaffa (août 1192), les communications avec Ascalon sont trop menacées pour que l'armée poursuive sa progression vers l'intérieur. A deux reprises, elle doit s'arrêter à 20 kilomètres de Jérusalem.
2.3 Les résultats de la croisade
Les hostilités n'ont pas empêché des négociations constantes avec Saladin : le 2 septembre 1192, une trêve est conclue pour trois ans; Ascalon démantelée est livrée à Saladin, mais les Francs gardent la côte de Tyr à Jaffa et la liberté de pélerinage est garantie aux chrétiens qui se rendent à Jérusalem, de même qu'aux musulmans se rendant à la Mecque.
La IIIe Croisade empêche la chute de la Syrie franque, contribue à l'établissement du second royaume de Jérusalem dans lequel la monarchie franque va devoir compter avec les communautés marchandes italiennes dotées à ce moment de privilèges commerciaux considérables en récompense de leur appui.
Le «royaume d'Acre» est certes réduit à une étroite frange côtière, mais il est plus facile à défendre que les territoires antérieurs plus étendus. Les établissemnts latins sont un élément accepté avec lequel les Ayyubides, successeurs de Saladin (mort en 1193) renouvelent les trêves. Le statu quo, établi à la faveur de la IIIe Croisade, va durer encore près d'un siècle.
Les seules conquêtes réalisées l'ont finalement été aux dépens de Byzance avec la prise de Chypre par Richard Coeur de Lion, qui prend aussi Saint-Jean d'Acre et fait la paix avec Saladin. Chypre devient en 1192 un royaume latin.
